Jacques Tati, deux temps, trois mouvements

Publié le par David

Jour de fête (1949) Les Vacances de Monsieur Hulot (1953), Mon Oncle (1958), PlayTime (1967), Trafic (1971), Parade (1974). En six long métrages, Jacques Tatischeff (1907-1982), plus connu sous le nom de Jacques Tati, aura donné un nouveau visage à la comédie. Si certains de ces films ont mis du temps à connaître le succès (en particulier PlayTime, mais ce dernier était tellement en avance sur son temps), tous sont considérés aujourd'hui comme des chefs-d'oeuvre du cinéma, récompensés à de multiples reprises en France et à l'étranger.




Jacques Tati aimait se fixer des challenges techniques. Son premier film, Jour de fête, existe ainsi en trois versions. Prévu pour être tourné et devenir le premier film en couleur français, l'échec de la technologie expérimentale fournie par Thomson ne permettra au moment de sa sortie en 1949 de n'avoir qu'une version noir et blanc (le film ayant été tourné avec deux caméras). Une version colorisée sortira en 1964. Il faudra attendre 1995 pour que les pellicules Thomson soient enfin exploitables. La version couleur actuelle de Jour de fête est donc bien la version originale du film. Ses films n'étaient pas non plus figés une fois pour toute. Pare exemple des scènes ont été ajoutées en 1977 dans Les Vacances de Monsieur Hulot, notamment l'hommage rendu aux Dents de la mer dans la scène où le bateau de Hulot se plie en temps, lui donnant l'apparence d'un requin se rapprochant de la côte.








Le personnage principal des films de Jacques Tati est l'inévitable M. Hulot, incarné par Jacques Tati lui-même. Celui-ci apparaît pour la première fois en 1953 dans Les Vacances de Monsieur Hulot. A l'exception de Jour de fête, c'est donc le personnage principal de tous ses films. Des films où le scénario semble dénué d'intrigue. (Je veux que le film commence quand vous quittez la salle - 1967). On suit ainsi les aventures de M. Hulot dans un monde s'ouvrant vers la modernité (les vacances, l'architecture moderne, l'automatisation, les nouvelles technologies) et la globalisation. Ma méthode suppose seulement un peu plus d’attention et d’imagination de la part du spectateur (1968). A ceux qui voient une critique de l'architecture moderne (incarnée par la villa Arpel dans Mon Oncle, puis plus tard la ville dans PlayTime), il répondra : je ne suis pas contre l’architecture moderne, mais je crois que l’on devrait faire passer non seulement un permis de construire mais également un permis d’habiter  (1958).








S'il n'y a pas d'intrigue apparente dans ses films, c'est peut-être car l'objectif de Tati était que chaque spectateur s'interroge sur le monde qui l'entoure, à la manière de M. Hulot (Bien sûr, Hulot, c’est un peu moi, mais c’est aussi un peu vous tous. Chacun a sa demi-heure de hulotisme par jour - 1959). Ainsi, à chaque fois que j'entends dans une gare ou un magasin une annonce au micro incompréhensible, je ne peux pas m'empêcher de repenser au début des Vacances de M. Hulot, quand le speaker de la gare délivre un message où seul le numéro du quai du prochain départ est audible. Et si mon père est avec moi, il y aura toujours un de nous deux pour marmoner une phrase incompréhensible se concluant par un retentissant "quai B" avant que nous éclations de rire !



La cinémathèque française propose actuellement une exposition en son honneur, exposition s'accompagnant de la diffusion de nombreux extraits de ces films, ainsi que d'un documentaire découpé en six ateliers pédagogiques, réalisé par le Professeur Goudet, effectuant l’analyse du travail de Jacques Tati. On trouve également de nombreux objets utilisés dans ses films : le plastique Plastac dans Mon Oncle, le balai avec des phares dans PlayTime, les cabines pour se changer dans Les Vacances de Monsieur Hulot. Enfin, des objets personnels sont présentés comme son carnet de gags et d'idées, les originaux annotés des scénarios de ses différents films, des lettres qu'il aurait envoyées et reçues.




















Les décors occupent une place importante dans les films de Tati (La vedette est avant tout le décor - 1966), c'est également le cas dans cette exposition où l'on se déplace d'îlot en îlot, entre la partie consacrée au magasin Strand (PlayTime), la partie reportage où l'on peut s'asseoir sur une reconstitution d'un long canapé vert (Mon Oncle), un escalier menant nul part, permettant d'avoir une vue d'ensemble de l'exposition. Au plafond sont accrochées des enseignes lumineuses (PlayTime). En passant dans la deuxième salle, le visiteur pourra passer la tête par un hublot (Mon Oncle) pour observer les autres visiteurs absorbés dans la vision du documentaire. Cette deuxième salle est consacrée au début de Jacques Tati, ses premiers spectacles au Music Hall, son premier long métrage.



L'exposition est particulièrement réussie, nous invitant à redécouvrir les films de Jacques Tati avec un autre regard, mais surtout nous donnant envie, à la sortie de l'exposition, de se replonger dans un de ses films. Et si ce soir on regardait à nouveau Les vacances de Monsieur Hulot

Informations pratiques :
  • Lieu : Cinémathèque française, 51 rue de Bercy (métro Bercy)
  • Site web du musée : http://www.taticinematheque.fr/
  • Date d'ouverture : du 8 Avril  au 2 Août 2009
  • Horaires : ouvert du lundi au samedi de 12h à 19h (nocturne le jeudi jusqu'à 22h), le dimanche de 10h à 20h, fermé le mardi et les jours fériés
  • Prix d'entrée : plein tarif 8€, tarif réduit 6.50€, moins de 18 ans 4€
  • Durée de la visite : environ 2h30

Publié dans Cinéma

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