Des tags sur les murs du Grand Palais !

Publié le par David

Fin mars, environ 300 tags ont envahi les murs du Grand Palais. Le responsable : Alain-Dominique Gallizia, qui a invité 150 tagueurs du monde entier à Paris pour exercer leur art sur un thème imposé : l'amour. Et vu le nombre de lettres désobligeantes qu'il aurait reçues de la part des ministères publiques et artistes, on ne peut pas dire que cette initiative ait plu à tout le monde !

Je rassure tout le monde, ce ne sont pas directement les murs du Grand Palais et les oeuvres exposées qui ont été recouverts de tags et autres graffitis. Il s'agit bien d'une exposition officielle appelée : TAG (Tag And Graff). En revanche, les lettres de protestation seraient bien réelles (étonnant, non !). Voir ces dessins venant de la rue envahir toute une gallerie du Grand Palais où il y a encore quelques semaines étaient exposés les "Grands Maîtres". Il y a de quoi en choquer plus d'un. Tags et graffitis peuvent-ils être considérés comme de l'art ? Pour s'en faire une idée, place à l'exposition.



Les premiers tags sont apparus à New-York dans les années 70. Leur auteur, Taki 183, était un jeune coursier grec qui signait son passage sur les murs des immeubles où il y déposait un colis à la fin des années 60, début des années 70. A l'origine les tags étaient simplement le pseudo de la personne suivi du nombre correspondant à la rue où il vivait (183ème rue à Washington Heights concernant Taki 183)


Suite à un article publié sur Taki 183 dans un journal en 1971, d'autres personnes se sont mises à signer de leur nom sur les murs de la ville, soit pour signaler leur passage, soit pour délimiter un territoire. Pour se faire remarquer, des styles ont commencé à apparaître, des images, une manière originale d'écrire son pseudo. Le marqueur laisse place à la bombe. Apparaît alors le graffiti, plus artistique, plus coloré.


Les tags et graffitis sont d'habitudes très libres. Dans le cadre de cette exposition, deux contraintes ont été imposées : un thème (l'amour) et la taille du panneau (deux fois 60 x 180 cm) avec à gauche le nom de l'artiste et à droite son inspiration par rapport au thème. C'est dans son atelier situé à Boulogne que des tagueurs du monde entier ont été invités pour exercer leur talent.

Le premier tagueur français est Bando qui a ramené cet art suite à un voyage à New-York au début des années 80.


Les tags et graffitis vont rapidement quitter les murs statiques pour envahir le métro. Ces véhicules publics, de  part leur capacité à se déplacer, sont en effet une formidable vitrine pour faire connaître à un maximum de personnes les créations de ces "artistes". Le thème du métro vient lui-même illustré les graffitis :



Tous ces graffitis sont intéressants, tous différents les uns des autres. Malgré tout, le format imposé, l'organisation uniforme des tableaux (une succession de colonnes de 4 planches) rend tout cela monotone et un peu lassant. Heureusement, c'est là qu'intervient Alain-Dominique Gallizia, cet architecte passionné de graffiti, qui est à l'origine de cette exposition. C’est en croisant un jour un artiste travaillant sur la palissade de son chantier qu’il décide de collecter les empreintes de cet art éphémère de la rue en invitant les artistes à laisser leur trace dans l’histoire sur une double toile à jamais conservée (site web de l'exposition). A partir des premiers tags dans les années 70 jusqu'à la mondialisation de cet "art de la rue",  Alain-Dominique Gallizia nous explique avec passion l'origine du phénomène, son évolution dans le temps, ses codes, ses rencontres avec les différents artistes, ses anectodes, son interprétation des graffitis. L'exposition devient alors beaucoup plus intéressante, passionnante. Je reprends l'exposition à ses débuts, et par l'intermédiaire de ses commentaires, redécouvre les graffitis avec un autre regard, comprenant mieux ce que leurs auteurs ont voulu exprimer.


On apprend ainsi que le Français Moze signe ses graffitis avec le langage des sourds-muets pour illustrer sa frustration d'avoir été "enchaîné" pendant son séjour en prison. En effet, on lui avait interdit de taguer les murs de sa cellule.


Bagnolet est l'une des rares villes en France où depuis bientôt 10 ans la municipalité à engager des tagueurs et graffeurs pour redécorer la ville dans le cadre d'un festival annuel auquel participe Gilbert :


En parallèle des artistes Français et Américains qui représentent une part importante des panneaux exposés, on retrouve également des graffeurs de différents pays : Allemagne, Nouvelle-Zélande, Japon et même Iran. On retrouve ainsi des tags utilisant des caractères chinois/japonais, des lettres arabes, illustrant le caractère universel de la discipline.


Les plus observateurs auront remarqué que dans la planche du bas, le nom du graffeur est à droite et son illustration du thème à gauche, contrairement à toutes les autres planches.


Ainsi se termine ce petit tour dans le monde des tags et des graffitis. Cette exposition est destinée à s'enrichir dans les semaines et mois à venir. 4 nouveaux panneaux sont annoncés pour la semaine prochaine, et d'autres viendront les rejoindre dans cette exposition destinée à être itinérante après son passage au Grand Palais. Alain-Dominique Gallizia souligne que le but n'est pas à terme de vendre ces "oeuvres" (il semblerait qu'un marché existe, après la bd la semaine dernière, plus rien ne peut m'étonner), mais de les collectionner comme un témoignage de notre époque et son évolution (un des graffitis était d'ailleurs consacré à la crise). Finalement il conclut en nous remerciant de notre présence à cette exposition. Que cela ait plus ou non aux visiteurs, il fallait malgré tout une certaine ouverture d'esprit pour se rendre à l'exposition du côté des visiteurs, et pour l'avoir organisé du côté des responsables du Grand Palais.

Informations pratiques :
  • Lieu : Grand Palais, Galerie Sud-Est, porte H, avenue Winston Churchill 75008
  • Site web du musée : http://www.tagaugrandpalais.com
  • Date d'ouverture : du 27 mars au 26 avril 2009
  • Horaires : ouvert tous les jours de 11h à 19h, nocturne le mercredi jusqu'à 23h
  • Prix d'entrée : 5€ en plein tarif, 3€ en tarif réduit
  • Durée de la visite : entre 30 minutes et 1 heure

Publié dans Art moderne

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